Groupe de recherche sur les espaces publics et les innovations politiques (GREPIP)

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Appel à contributions

Militantisme et reconversions en Amérique latine. Recompositions du militantisme, trajectoires militantes et construction des élites politiques

Revue Tiers Monde

Coordinateurs :

Humberto Cucchetti (CEIL-CONICET- Argentine)
Jessica Stites Mor (Université de British Columbia- Canada)

Contextualisation

Théâtre privilégié de mouvements insurrectionnels dans les années de la Guerre froide, laboratoire des politiques néolibérales dans les années 1990 puis témoin au cours des années 2000 d´une nouvelle montée en puissance de gauches qui oscillent entre mobilisation de schémas d´action passés et renouveau (Bataillon, Prévôt-Schapira, 2009), l´Amérique latine a connu tout au long de ces dernières décennies d’importantes transformations politiques et sociales. Celles-ci se sont accompagnées de mouvements militants qui ont suivi ces bouleversements tout en connaissant des phénomènes tant de recomposition (où le militantisme s’adapte à de nouvelles conditions de l’adhésion politique) que de métamorphose (où l’engagement politique change radicalement de modalités). Le militantisme de ces vingt dernières années n’est plus celui des années 1970.
Pourtant nombre d´anciens militants se trouvent aujourd´hui proches des gouvernements au pouvoir, tandis qu´apparaissent ici ou là des mouvements sociaux qualifiés de « nouveaux ». D’un point de vue socio-historique, l´étude de ces phénomènes s´avère particulièrement féconde pour l´analyse du militantisme et de ces transformations et reconfigurations, ainsi que la conformation, à travers l´étude des trajectoires militantes, d´une partie des élites actuelles du sous-continent. En ce sens, les militantismes latinoaméricains sont profondément heuristiques ; la thématique en question renvoie à des discussions plus larges développées dans les sciences sociales sur le thème de la participation politique en Amérique latine — on peut y mentionner, parmi d’autres contributions académiques, les études sur le fonctionnement partisan (Alcántara Sáez- Freidenberg, 2001), sur les mobilisations et les recréations politico-identitaires (Martuccelli- Svampa, 1997), sur les relations entre discours hégémoniques et contrehégémoniques et leurs liens avec les institutions démocratiques (Laclau, 2005 ; Panizza, 2009 ; Taguieff, 2002).

Problématique et argumentaire du dossier :

La problématique, en tant qu’elle traverse plusieurs réalités sociogéographiques, dépasse le simple cas latino-américain pour entrer en rapport (direct ou indirect) avec des phénomènes de circulations transnationales (Pommerolle- Siméant, 2008 ; Collovald, 2002 ; Dezalay-Garth, 2002 ; Stites Mor, 2013 ; Brun, 2012 ; Dard, 2012). Ce dossier a pour objectif de placer sur un même plan de réflexion académique deux problématiques portant sur le phénomène militant à partir de configurations politiques latino-américaines. La première concerne les phénomènes de reconversion d’anciens militants et les itinéraires empruntés par les acteurs qui se sont formés sur la base d’un engagement politique radical (Cucchetti, 2013 ; Stites Mor, 2014), ainsi que l’essor de nouvelles générations de militants qui intègrent peu à peu la vie partisane. Dans notre cas, l’idée de reconversion (Gaubert- Lechien- Tissot, 2005) semble pertinente pour aborder spécifiquement comment se fabrique le passage à la politique formelle et étatique dans différents contextes culturels de l’engagement militant. La deuxième problématique porte sur la reconfiguration, les mutations et les recompositions du militantisme au sein de sociétés qui sont passées des réformes néolibérales imposées au cours des dernières décennies du siècle dernier au développement de scénarios politico-étatiques qui se définissent en rupture avec les configurations politiques précédentes.
Une telle analyse croisée permet dès lors de rendre compte des processus de passage du militantisme comme activité volontaire et/ou bénévole (au sein de partis politiques, de milieux associatifs locaux, de différents types de mouvements sociaux, d´organisations « d’activistes ») à la l’activité politique professionnelle. Ce processus implique des reconversions (même dans la continuité) des compétences et des espaces d’intervention politique, ainsi que des interactions entre politique informelle et politique institutionnelle et met en lumière la fabrique de dirigeants issus de différentes filières militantes. L’analyse empirique de ces reconversions permet de saisir des transformations plus amples et profondes concernant la place du militantisme dans les sociétés latino-américaines de ces dernières décennies et les relations entre militantisme, reconversions et professionnalisation étatique et politique.
De même, la scène politique latino-américaine représente un laboratoire des plus riches si l’on tient compte des processus, parfois qualifiés de « nouveaux », qui s’y sont produits au cours de ces quinze dernières années. Une importante partie de la littérature scientifique a porté sur les recompositions des gauches latino-américaines (Bataillon, Prévôt-Schapira, 2009 ; Goirand, 2005 ; Alcántara Sáez, 2008 ; Stoessel, 2014) ainsi que sur le développement de « nouveaux » mouvements sociaux (Estrada Saavedra, 2011 ; Svampa, 2007 et 2009 ; Wickham-Crowley- Eckstein, 2010). Ces mouvements traversent l’échiquier politique et témoignent également de la restructuration partisane d’acteurs issus de divers groupes politiques et sociaux, tant à droite qu’à gauche. Quelles sont les « nouvelles » ‒ si tant est qu’elles soient effectivement nouvelles ‒ formes de militantisme ? Retracer les trajectoires des acteurs individuels et collectifs impliqués dans ces mouvements permet de
saisir l’intégration des nouvelles générations de militants et de cadres politiques aussi bien au sein des espaces de protestation et de mobilisation que dans la vie partisane et de l’État (Labrousse, 2009 ; Lefranc, 2009 ; de Castro-Rocha, 2009 ; Combes, 2012 ; Moallic, 2010).
L’approche méthodologique privilégie l’étude des trajectoires et des carrières militantes, (Agrikoliansky, 2001 ; Fillieule, 2001 ; Cucchetti, 2014). En termes théoriques, le dossier a également pour objectif de désenclaver l’analyse de reconversions et des transformations militantes des considérations d’ordre moral (par exemple, la reconversion comme « trahison », notion critiquée par Matonti, 2005). Il vise aussi à dépasser les schémas évolutionnistes (la fin du militantisme ou la dépolitisation des sociétés contemporaines) ainsi que des analyses réductionnistes qui voient dans l’adhésion militante un phénomène réservé à des orientations idéologiques figées (de gauche ou progressistes). Ces derniers mésestiment l’importance des mobilisations et reconversions issues d’autres horizons
politico-idéologiques (conservatrices, militaires, droitières, etc.) ainsi que leurs articulations institutionnelles et associatives qui permettent d’approfondir la complexité du phénomène étudié. L’aspect dynamique de la vie politique latino-américaine, caractérisée par des phénomènes de désectorisation, de mobilisations concurrentielles et de mise en cause de la différentiation d’espaces (Dobry, 1986 ; Lagroye, 2003), permet d’approfondir l’analyse des relations entre militantisme et construction d’élites politiques.

L’appel à communication s’organise autour de quatre axes structurants :

Les organisations militantes dans une perspective socio-historiques. Les relations entre organisations militantes et Etat et/ou partis politiques. Les modalités individuelles et collectives d’intégration de militants au sein des élites partisanes et étatiques. Les parcours suivis par les ex-militants et les filières militantes qui ont soutenu la production de dirigeants au cours de ces dernières décennies. Les reconversions partisanes des droites et des gauches.

Des anciens militants aux jeunes militants : continuités et ruptures dans les modèles de politisation et de partisanisation. L’évolution des modalités d’adhésion chez les adhérents des plus jeunes générations au cours de ces dernières années. La construction de nouvelles filières de recrutement de cadres politico-étatiques.

Militantisme de mouvements sociaux et militantisme de partis politiques : dynamiques convergentes, concurrentes et espaces d’intersection. Les circulations entre espaces non partisans, politisation et formation de cadres : enclaves politiques et fabriques des relèves dirigeantes.

Réflexions et analyses à l’échelle régionale ou transnationale. Les transformations au sein du militantisme et la constitution (originale ?) de mouvements sociaux et d’organisations politiques. Une approche problématique à partir de l’analyse croisée de différentes configurations empiriques.

Cadrage des articles :

Au niveau disciplinaire : histoire, sciences politiques, sociologie, anthropologie

Au niveau méthodologique : ouvert à toutes les propositions, le dossier favorise les analyses qui articulent recherche empirique, contextualisation sociohistorique et approche théorique. L´étude des trajectoires militantes et organisationnelles est bienvenue. Les propositions peuvent concerner des terrains nationaux, régionaux ou transnationaux. Le dossier vise à dégager des approches critiques de phénomènes marqués par des discours partisans, tous bords confondus.

Les propositions d’article exposent, en français, en espagnol, en portugais ou en anglais, en 4 500 signes (espaces compris) :

- le titre ;
- la question de recherche ;
- le cadre théorique ;
- le terrain étudié ;
- les principaux résultats ;
- des jalons bibliographiques (hors du décompte de signes).

Calendrier

- Les propositions d’articles sont à soumettre avant le 6 mai 2016 à l’adresse suivante :
tiermond@univ-paris1.fr ;
- Les notifications des coordinateurs et du comité de rédaction pour les auteurs
présélectionnés seront envoyées le 6 juin 2016 ;
- Les premières versions des articles seront envoyées par les auteurs avant le
29 août 2016 à l’adresse suivante : tiermond@univ-paris1.fr

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