Groupe de recherche sur les espaces publics et les innovations politiques (GREPIP)

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Axes de recherche

Axe 1 : les espaces publics

Le politique n’est plus celui de l’État providence ou développementaliste de l’après-guerre, ni celui du néolibéralisme des années 1980 et 1990 où l’utopie du libre-marché séduisait toute la classe politique. Les espaces publics sont désormais revendiqués par des acteurs de la société civile à l’intérieur et au-delà de l’espace institutionnel de l’État central, et en dépit du projet d’appropriation par les grands intérêts privés des modalités de débat et de prise de décision publique. Deux voies s’affrontent en ce qui concerne les tentatives de revitalisation des espaces publics essentiels à la démocratie : d’une part, leur approfondissement par le biais de réformes participatives (non nécessairement en contradiction avec le modèle économique dominant) ; d’autre part, la redéfinition radicale des espaces publics par le biais de la refondation de l’État (ce qui peut susciter une remise en question du modèle de développement dominant). Or, quel que soit l’état de la démocratie dans les différents pays des Amériques, celle-ci se caractérise aussi – et parfois paradoxalement - par des tendances régressives, en particulier en ce qui concerne les paramètres des espaces publics. Ceci se produit de plusieurs façons : la persistance ou reconstitution d’enclaves autoritaires au niveau sub-national, la remise à jour du patrimonialisme, ou l’institutionnalisation de formes communautaires ‘traditionnelles’ ou autoritaires de gestion du pouvoir. Plus encore, la criminalisation de la protestation sociale, la mise en place d’entraves majeures à l’exercice des droits civils (notamment aux libertés d’expression, d’association, de manifestation – tous des éléments centraux à l’existence des espaces publics) et la dissémination récente de technologies de surveillance de l’espace public au nom de la lutte contre la criminalité et le terrorisme, posent de sérieux défis à l’exercice de la démocratie. Notre programmation scientifique s’ancre donc dans l’identification de deux tendances centrales, à priori contradictoires, caractérisant la dynamique des espaces publics actuels : leur expansion et leur rétrécissement. Nous souhaitons caractériser les zones de continuité et de rupture des espaces publics avec des pratiques politiques autoritaires du passé, tout en cherchant à expliquer leur expansion dans différents lieux. Nos interrogations se résument dans la question suivante : quel est le poids des acteurs, des structures, et de l’histoire dans les dynamiques identifiées ?

Axe 2 : les espaces de vie

En ce qui a trait au deuxième axe de notre programmation, les espaces de vie, nous l’aborderons à partir des collectivités humaines qui les forment et modulent leur fonctionnement. On y distingue deux aspects dialectiquement liés. L’un, qu’on peut appeler objectif, s’intéresse à la distribution de la population sur le territoire ou dans le lieu de production, à l’utilisation de ses ressources, et à ses déplacements. L’autre, l’aspect subjectif, est également central : comment les membres d’une collectivité définissent-ils l’espace où s’inscrivent leurs pratiques quotidiennes et intermittentes ? Le capital transnational est en phase de réorganisation et se concentre désormais dans les activités extractives, en Amérique latine et au Canada. Les mines à ciel ouvert exigent de vastes surfaces de terres et d’énormes quantités d’eau, ce qui remet en cause la survie de milliers de citoyens des Andes, de Mésoamérique et du Nord canadien. Devant l’hégémonie du modèle de développement extractiviste, la résistance et l’adaptation stratégique est multiforme. Certaines coopératives, généralement avec l’aide de conseillers externes et d’ONG, ont été capables de profiter des nouvelles avenues offertes pour développer des réseaux et placer leurs produits dans les niches privilégiées du commerce équitable et des produits biologiques. S’y sont ajoutées la défense et la revendication des territoires des peuples autochtones, associées de façon étroite à la protection de l’environnement. Ces nouveaux projets politiques président souvent à l’émergence de projets axés sur les concepts de bien commun/bien vivre. C’est dans ce contexte que les espaces de vie urbains et ruraux ont subi de profondes transformations du fait de l’intromission croissante des institutions étatiques et du marché. Ces phénomènes n’ont pas effacé les caractéristiques culturelles et organisationnelles des collectivités mais ont contribué à leur transformation, voire à leur revalorisation. Dans le cas des sociétés paysannes et autochtones, l’espace de vie est traditionnellement un terroir, un lieu de résidence, l’atelier et le garde-manger. C’est à la description de ces espaces de vie ‘traditionnels’ que l’ethnographie s’est consacrée et ce genre de recherche a connu un nouvel essor avec les nouveaux mouvements autochtones qui visent à reconstruire un espace-temps proprement amérindien.
Nous chercherons donc à répondre aux questions suivantes : comment les transformations des espaces de vie ont-elles joué un rôle dans l’émergence et la consolidation de nouvelles identités collectives (autochtones, syndicales, femmes, locales, rurales non-paysannes) ? Comment ces nouveaux modes d’identification sont-ils associés au développement de nouveaux types de normes et de pratiques politiques, institutionnelles et non-institutionnelle ? Quels nouveaux modes de régulation de ces espaces et de ces nouvelles pratiques peut-on voir émerger ?

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